Betty – tous les jours, j’apprends à découvrir les gens

Les Jardins, c’est de belles rencontres d’abord, avec des gens très différents de ceux que j’ai l’habitude de voir. Je suis là depuis 4 mois, j’ai commencé dans les champs, ensuite, j’ai fait un petit peu de serres et maintenant, ça fait 2 mois que je suis aux paniers et aux livraisons. C’est bien, comme c’est mon objectif de faire des livraisons. Ça fait 2-3 ans que j’essaye de trouver un métier qui me passionne autant que l’ancien que j’avais lorsque je conduisais des poids-lourds. Un métier qui me passionne autant que chauffeur routier, c’est pas évident de trouver. Parce que je veux me poser. Faut que je trouve ma voie, ma nouvelle voie comme je dis, et c’est pas évident.

 

Au Jardins, je leur dis ce qui me passionne. Je sais que je ne sais pas trop parler, ils me mettent parfois en relation avec des gens, alors j’apprends parce que c’est pas mon truc de parler aux gens, d’avoir le contact avec le client, c’est pas mon truc. C’est pas évident pour moi. Voyez, là j’apprends à travailler en groupe, normalement, j’aime bien travailler toute seule. Quand je suis arrivée, c’est ce que je leur ai demandé, un poste où je suis toute seule, et autonome, bien sûr. Et en fin de compte, je suis autonome, ils me font confiance, mais le plus dur pour moi, c’est de travailler en groupe. J’apprends encore, j’apprends. Je ne suis pas trop contact humain. Je me suis forcée et finalement, j’ai trouvé certaines personnes sympas. Et puis, j’ai découvert ce que c’était que d’échanger avec ces gens qui n’ont pas du tout à voir avec mes amis. Là, c’est vraiment vaste, on a plein de gens différents, avec des parcours différents, c’est important aussi de voir ça. Et puis des fois quand je me plains, je me dis je n’ai pas à me plaindre, quand je vois ma vie, ça va. La seule chose c’est qu’il faut que j’arrive à trouver ma voie, ça va être ça le plus dur.

 

On a chacun nos caractères, nos façons de faire les choses et tout ça. Tous les jours j’apprends, sur les gens, sur la façon de travailler en groupe. Travailler en groupe, ça a été vraiment dur pour moi. Avant mon patron, je le voyais le matin, des fois le soir si je ne gardais pas le camion. Ici, je les vois passer toute la journée. Tout ça c’est des changements pour moi. On m’a proposé des formations, mais je ne peux pas rester enfermée. Il me faut de l’espace. Là, j’ai trouvé, on fait plein de choses différentes, c’est ça ce que j’aime bien. Les serres, les champs, les livraisons, les paniers, on ne fait jamais la même chose. Il y a quelques jours, ils ont senti qu’on avait besoin d’air, avec ma coéquipière, et bien, on nous a mis au champ et on était les plus heureuses du monde. C’est tout bête, mais on était super contentes. On avait besoin de ça, de faire un break dans la salle à paniers, alors, hop, on demande de faire autre chose et c’est reparti !

 

4 mois, c’est pas énorme. Le temps qu’on arrive, qu’on prenne ses marques, qu’on apprenne à connaître plus ou moins les collègues avec lesquels on va travailler, ça prend facilement 2 mois. Après, ils ont vu qu’on était relativement autonome avec les paniers, on est des super championnes ! Il y a des collègues qui ne s’imaginent pas les responsabilités qu’on a. Il faudrait qu’ils viennent et qu’ils se rendent compte. Pourtant, il faut faire attention à ce qu’on fait. On livre des clients. Moi, j’aime bien quand les clients sont contents et qu’on leur donne de bons produits. Pour moi, c’est important. On verra bien ce que cela donne, mais pour l’instant, les clients ne se plaignent pas trop.

 

Ce qui a déclenché mon changement de relation avec les gens, c’est qu’ils sont venus vers moi. Ils m’ont raconté des morceaux de leur vie et je me suis dit, en fin de compte, ma vie elle n’est pas si minable que ça. Je croyais que l’être humain et moi on n’était plus amis. Que c’était terminé et tout, et, en fin de compte, je me rends compte qu’ils me plaisent ces gens-là. Ils en veulent. La seule chose, c’est de trouver un métier qui me soit aussi passionnant que l’ancien, c’est le seul truc. Ma vie personnelle, ça va. Mais quand je les entends parler, c’est compliqué pour eux. Ils sont intéressants, je trouve. Ils m’apportent, faut pas croire. Même si je vis différemment d’eux ou que eux vivent différemment de moi, on s’apporte beaucoup de choses mutuellement, au moins, pour moi. Et comme ils continuent à me parler et à me taquiner et tout, c’est que je leur apporte aussi. Ils vont me manquer quand je vais partir, faut pas croire, mais ça, vous ne leur dites pas, hein !

Betty, salariée en insertion